Avant de construire de nouveaux entrepôts sur des terres agricoles, réhabilitez dabord ces friches.
La France compte entre 90 000 et 150 000 hectares de friches industrielles répertoriées usines désaffectées, raffineries fermées, anciennes casernes militaires, sites miniers abandonnés, dépôts ferroviaires inutilisés. Des hectares entiers de béton, de hangars vides et de terre déjà polluée, déjà viabilisés, déjà raccordés aux routes, à lélectricité, à leau et aux réseaux numériques. Tout est en place. Personne ne sen sert.
Pendant ce temps, chaque année en France, entre 20 000 et 30 000 hectares de terres agricoles, naturelles ou forestières disparaissent sous le béton des nouveaux projets zones logistiques, entrepôts de e-commerce, plateformes de distribution, data centers. Ces projets sinstallent en périphérie des villes, sur des champs plats et faciles à aménager, parce que construire sur une terre agricole vierge coûte moins cher et va plus vite que dépolluer et restructurer une friche existante. Le sol fertile est sacrifié pour une question de calendrier et de marge.
La friche industrielle est techniquement plus complexe. Il faut diagnostiquer la pollution, parfois dépolluer, adapter les fondations, démolir avant de reconstruire. Le surcoût est réel 15 à 40 % de plus quun terrain vierge selon la complexité du site. Mais ce surcoût ne tient pas compte de ce que la terre agricole détruite fournissait gratuitement : infiltration de leau de pluie, stockage de carbone, production alimentaire, régulation thermique, habitat pour la faune. Aucune de ces fonctions ne figure dans le bilan comptable du promoteur elles figurent sur la facture collective, dix ou vingt ans plus tard, quand les inondations augmentent, que les nappes baissent et que les circuits courts manquent de terres proches des villes.
Loutil réglementaire existe. Lobjectif national de zéro artificialisation nette ZAN, inscrit dans la loi Climat et Résilience, impose de diviser par deux le rythme dartificialisation dici 2031 et datteindre zéro artificialisation nette en 2050. En théorie, chaque hectare nouvellement artificialisé doit être compensé par un hectare renaturé. En pratique, la renaturation coûte cher, prend des années et ne restaure jamais complètement les fonctions dun sol qui a mis des millénaires à se former. Éviter lartificialisation en réutilisant les friches est plus efficace et moins coûteux que compenser après coup.
Certaines collectivités ont compris. LÉtablissement Public Foncier EPF dÎle-de-France a recyclé plusieurs centaines dhectares de friches en logements, en activités économiques et en espaces verts depuis sa création. À Saint-Étienne, Lille, Dunkerque, Marseille, des anciennes usines deviennent des quartiers mixtes avec logements, commerces, jardins partagés et activités artisanales. Ces projets prennent plus de temps mais ils produisent des quartiers vivants au lieu de hangars en périphérie entourés de parkings vides.
Le calcul nest pas compliqué. Chaque friche réhabilitée est un champ épargné. Chaque champ épargné continue de stocker du carbone, de filtrer leau, de produire de la nourriture et dabriter la faune. Le sol agricole met entre 500 et 1 000 ans à se former sur un centimètre dépaisseur. Le béton met trois jours à le recouvrir. Lun des deux est irremplaçable.
Nous navons pas à choisir entre développement économique et terres nourricières. Il suffit de construire là où cest déjà construit.
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