Vingt animaux sauvages vivent dans un jardin français ordinaire et la plupart des propriétaires ne le savent pas. Ils nentendent que le merle. Ils ne voient que la mésange. Le reste vit sous leurs pieds, derrière le compost, dans la haie, sous les tuiles, entre les pierres et dans les trois premiers centimètres du sol invisible, silencieux et essentiel.
Ce qui distingue un jardin vivant dun jardin stérile, ce nest pas la surface ni le nombre de fleurs. Cest le nombre despèces qui y dorment, y chassent, y pondent et y hivernent sans jamais être vues. Chaque animal de cette liste remplit un rôle que le jardinier paie cher quand lanimal a disparu en pesticide, en piège, en remplacement de plantes détruites par les ravageurs que personne ne contrôle plus.
20 ANIMAUX SAUVAGES QUI VIVENT DANS VOTRE JARDIN SANS QUE VOUS LE SACHIEZ :
Le hérisson dEurope Erinaceus europaeus le gardien de nuit. 700 à 1 000 grammes de prédateur nocturne qui patrouille le potager de 22h à 4h du matin. Régime : limaces sa proie principale au printemps, escargots, chenilles, larves de tipules, œufs de limaces, vers de terre. Un seul hérisson consomme entre 50 et 70 grammes de proies par nuit léquivalent de 30 à 40 limaces de taille moyenne. Sur une saison de mars à octobre, un hérisson élimine entre 5 et 10 kg de ravageurs. Il hiberne de novembre à mars sous un tas de feuilles, de branches ou dans un recoin du compost ne jamais brûler un tas de feuilles ou de branches sans vérifier. Population en déclin sévère dans toute lEurope le granulé anti-limaces au métaldéhyde est la première cause de mortalité après la route.
Le crapaud commun Bufo bufo le plus efficace de tous les prédateurs de limaces. Le crapaud adulte consomme plusieurs dizaines de limaces par nuit plus que le hérisson rapporté à son poids. Il chasse à laffût, immobile, et projette sa langue collante sur tout ce qui bouge devant lui dans un rayon de 10 cm : limaces, chenilles, cloportes, araignées, fourmis. Il revient chaque nuit au même poste de chasse souvent à la base dun mur, sous une planche, près du compost. Un jardin avec une mare de 2 m et un abri humide planche, pot retourné, tas de pierres attire et retient un crapaud pour des années. Ne jamais manipuler un crapaud les glandes parotoïdes sécrètent un mucus irritant non dangereux mais désagréable.
La musaraigne commune Crocidura russula le plus petit mammifère chasseur du jardin. 6 à 14 grammes, museau pointu, dents rougeâtres à lextrémité, cri ultrasonore aigu. La musaraigne est un insectivore pur elle ne mange ni graines ni racines contrairement au campagnol avec lequel elle est souvent confondue. Elle consomme son propre poids en insectes et larves chaque jour sa dépense énergétique est si élevée quelle meurt de faim en six à huit heures sans nourriture. Elle chasse 24h/24, hiver comme été, sous la litière de feuilles, dans les galeries de campagnols et dans les premiers centimètres du sol. Un jardin avec paillage permanent héberge des musaraignes sans que le propriétaire ne les voie jamais elles sont trop rapides, trop petites et trop discrètes.
Le lézard des murailles Podarcis muralis le chasseur du mur chaud. Il se poste sur les pierres chauffées par le soleil et capture mouches, araignées, chenilles, pucerons ailés et petits coléoptères dans un rayon dun mètre avec une accélération fulgurante. Un muret de pierres sèches exposé au sud héberge une population de cinq à dix lézards chacun consomme entre 20 et 50 insectes par jour pendant les mois chauds. Le lézard des murailles est protégé ne pas le capturer, ne pas le déranger, ne pas détruire son habitat les fissures entre les pierres sont ses logements.
Lorvet fragile Anguis fragilis le lézard sans pattes que tout le monde prend pour un serpent. Corps lisse, brillant, brun-cuivré, sans écailles apparentes. Il na ni venin ni crochets. Il est totalement inoffensif il ne peut même pas mordre efficacement. Lorvet chasse les limaces, les escargots juvéniles et les vers de terre dans la litière de feuilles, sous les planches et dans les zones humides du jardin. Un orvet sous une planche posée au sol est un allié du potager ne pas le déranger. Protégé par la loi.
La grenouille rousse Rana temporaria lamphibien du jardin humide. Elle quitte la mare après la ponte février-mars et passe le reste de lannée sur terre dans les zones humides et ombragées du jardin, sous les buissons, dans le compost, à la base des haies. Elle chasse limaces, chenilles, mouches, moustiques et cloportes. Un jardin avec une mare de 2 m et des zones de végétation basse humide pas de gazon ras héberge des grenouilles adultes toute la saison. Protégée.
Le triton palmé Lissotriton helveticus lhabitant permanent de la mare. Il passe le printemps dans leau pour se reproduire, puis reste à proximité dans les zones humides du jardin sous les pierres, dans le compost, sous les tas de bois. Il mange des larves de moustiques dans la mare et des petites limaces sur terre. Sa présence dans une mare de jardin est un indicateur de qualité de leau les tritons désertent les mares polluées. Protégé.
La coccinelle à sept points Coccinella septempunctata le prédateur de pucerons le plus connu. Un adulte consomme entre 50 et 100 pucerons par jour. Une larve de coccinelle grise, allongée, hérissée de pointes oranges souvent confondue avec un ravageur et écrasée par ignorance en consomme entre 300 et 500 pendant son développement. Les coccinelles hivernent en groupe sous les écorces, dans les fissures de mur et dans les amas de feuilles mortes ne pas nettoyer les recoins du jardin en automne.
Le carabe doré Carabus auratus le tueur de limaces nocturne. Coléoptère vert métallique de 2 à 3 cm, incapable de voler, qui court à grande vitesse entre les rangs de légumes chaque nuit. Il mange son propre poids en limaces, chenilles et larves chaque nuit. La planche posée à plat sur le sol entre deux rangs de légumes est son dortoir de jour dix à quinze carabes sous une seule planche en saison.
Le staphylin odorant Ocypus olens le diable de jardin . Grand coléoptère noir allongé qui relève labdomen en posture de menace quand il est dérangé. Inoffensif malgré son apparence ses mandibules sont puissantes mais il ne pique pas. Il chasse les grosses limaces, les chenilles et les larves que les carabes plus petits ne peuvent pas attaquer. Sous les mêmes planches que le carabe doré.
Le syrphe ceinturé Episyrphus balteatus la mouche qui ressemble à une guêpe. Corps jaune et noir rayé, vol stationnaire au-dessus des fleurs souvent confondu avec une guêpe et chassé. Le syrphe adulte est un pollinisateur important il visite les fleurs pour le nectar. Sa larve est un prédateur de pucerons aussi vorace que la coccinelle une larve de syrphe consomme entre 400 et 700 pucerons pendant son développement. Les larves sont translucides, en forme de petite limace verte, et se trouvent au milieu des colonies de pucerons ne pas les écraser.
La chrysope commune Chrysoperla carnea le lion des pucerons . Insecte vert pâle aux ailes transparentes de dentelle, yeux dorés. Ladulte se nourrit de pollen et de nectar. La larve minuscule, grise, avec des mandibules en forme de pinces est lun des prédateurs de pucerons les plus efficaces du jardin. Une larve de chrysope consomme entre 200 et 500 pucerons en deux semaines. Les chrysopes hivernent dans les bâtiments elles entrent dans les greniers, les garages et les appentis en automne et y passent lhiver immobiles sur les murs. Ne pas les balayer elles sortiront seules au printemps.
Le perce-oreille Forficula auricularia le chasseur nocturne des pucerons. Omnivore mange les pucerons, les œufs dinsectes, les petites chenilles et les fruits mûrs abîmés. Le pot en terre cuite retourné rempli de paille dans larbre est son dortoir stratégique il monte chaque nuit dans la canopée pour nettoyer les colonies de pucerons que la coccinelle na pas atteintes.
Laraignée épeire diadème Araneus diadematus la toile du jardin. Sa toile orbiculaire tendue entre les buissons et les tiges capture des dizaines de mouches, moustiques, moucherons et papillons de nuit par jour. Lépeire construit une nouvelle toile chaque matin elle mange lancienne récupération des protéines de soie et en tisse une neuve en trente minutes. Un jardin avec des structures verticales tuteurs, tiges de graminées, branches basses offre des points dancrage pour les toiles les jardins trop propres sans support vertical hébergent moins daraignées.
Le ver de terre anécique Lumbricus terrestris lingénieur du sol. Le plus grand ver de terre de France 10 à 30 cm. Il creuse des galeries verticales permanentes jusquà deux mètres de profondeur. Chaque galerie est un drain naturel leau darrosage sinfiltre dix à vingt fois plus vite le long dune galerie de ver que dans un sol sans galeries. Il remonte la matière organique de la surface vers la profondeur enfouissement des feuilles mortes et remonte les nutriments de la profondeur vers la surface turricules à la surface. Un sol de jardin sain contient entre 200 et 400 vers par mètre carré entre une et deux tonnes par hectare. Le labour et les pesticides divisent cette population par dix.
La chauve-souris pipistrelle Pipistrellus pipistrellus le système anti-moustiques aérien. Sort chaque soir au crépuscule de sous une tuile ou dune fissure de mur et capture entre 1 000 et 3 000 moustiques, mouches et papillons de nuit par nuit de chasse. Une colonie de 30 pipistrelles sous un toit supprime entre 30 000 et 90 000 insectes par nuit le dispositif antimoustique le plus performant du quartier.
Le rouge-gorge familier Erithacus rubecula le compagnon du jardinier. Il suit le jardinier qui bêche pour capturer les vers de terre, les larves et les insectes mis au jour. Il chante sur le manche de la bêche pendant la pause. Il niche dans la haie la plus dense et la plus basse. Il est le seul oiseau du jardin qui reste visible et vocal douze mois sur douze même en janvier, son chant mélodieux résonne depuis le sommet du composteur.
La mésange bleue Cyanistes caeruleus linsecticide vivant. Un couple de mésanges bleues avec des poussins au nid effectue entre 600 et 900 allers-retours par jour pour nourrir les six à douze poussins. Chaque trajet = un insecte chenille, puceron, araignée. Un nichoir à mésange de 25 mm de diamètre fixé à 2 mètres de hauteur dans un arbre ou sur un poteau produit la suppression de 15 000 à 25 000 insectes en trois semaines délevage sans compter la consommation des adultes le reste de lannée.
Le renard roux Vulpes vulpes le régulateur invisible des campagnols. Le renard qui traverse le jardin à la tombée de la nuit nest pas un nuisible. Il élimine entre 3 000 et 5 000 campagnols et mulots par an le prédateur le plus efficace des rongeurs ravageurs dans les jardins ruraux et périurbains. Un jardin sans clôture infranchissable, avec un passage de 15 cm au ras du sol dans la clôture, permet au renard de patrouiller la nuit.
Le hérisson, le crapaud, le renard la même chaîne de contrôle des ravageurs que lagrochimie tente de remplacer avec des granulés, des appâts et des raticides. Sauf que la chaîne biologique se reproduit, sadapte, se renforce chaque année et ne coûte rien. Le produit chimique doit être racheté chaque saison et détruit la chaîne qui le rendrait inutile.
La belette Mustela nivalis le plus petit carnivore dEurope. 15 à 20 cm de corps, 50 à 100 grammes, corps serpentiforme assez fin pour entrer dans les galeries de campagnols. La belette chasse exclusivement les campagnols et les mulots elle entre dans leurs tunnels et les poursuit sous terre. Un jardin rural avec un muret de pierres sèches et des haies champêtres héberge parfois une belette sans que le propriétaire ne la voie jamais elle est trop rapide, trop petite et trop discrète. Sa présence se détecte aux crottes fines, noires, torsadées déposées sur les pierres plates.
Vingt espèces. Aucune ne demande de nourriture, de soins ni dattention. Elles demandent un habitat une haie pour les oiseaux, une mare pour les amphibiens, une planche pour les carabes, un mur pour les lézards, un tas de feuilles pour le hérisson et aucun poison nulle part. Le jardin qui offre ces cinq éléments héberge les vingt espèces et les vingt espèces protègent le jardin mieux que le rayon phytosanitaire de la jardinerie.
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