Avant de drainer une zone humide pour construire, restaurez dabord les zones humides que les décennies précédentes ont détruites. La France a perdu 67 % de ses zones humides au cours du XXe siècle. Deux tiers. Des marais, des tourbières, des prairies inondables, des mares, des bras morts de rivière et des fossés humides comblés, drainés, remblayés et bétonnés pour gagner des terres agricoles, des zones constructibles et des routes. Chaque mètre carré de zone humide détruit est un mètre carré de filtre à eau, déponge anti-crue, de nurserie à amphibiens et de réservoir de carbone qui ne fonctionne plus. Pendant ce temps, des milliers de zones humides dégradées mais récupérables attendent dans chaque département des fossés anciens comblés par négligence, des mares de ferme abandonnées et envahies de ronces, des prairies humides drainées dont les drains se sont bouchés et qui pourraient redevenir fonctionnelles en un week-end de travaux. Personne ne les restaure parce que la zone humide est perçue comme un terrain perdu un obstacle au drainage, une source de moustiques, un marécage inutile. Cest le contraire exact de la réalité. CE QUE LA ZONE HUMIDE PRODUIT ET QUE LE DRAINAGE SUPPRIME : La filtration de leau. Une zone humide de prairie inondable filtre naturellement les nitrates, les phosphates et les pesticides de leau qui la traverse les bactéries du sol saturé deau transforment les nitrates en azote gazeux inoffensif dénitrification, les plantes aquatiques absorbent les phosphates et les matières en suspension se déposent dans la vase. Un hectare de zone humide filtre entre 100 et 300 kg de nitrates par an léquivalent dune station dépuration miniature fonctionnant gratuitement, sans électricité, sans entretien et sans fin. Chaque zone humide drainée en amont dune rivière augmente la concentration en nitrates dans leau potable en aval le coût de traitement supplémentaire est porté par les usagers de leau, pas par celui qui a drainé. Léponge anti-crue. La zone humide absorbe leau de pluie comme une éponge elle stocke les excédents pendant les épisodes pluvieux et les relâche lentement vers la rivière pendant les semaines suivantes. Un hectare de prairie inondable stocke entre 5 000 et 15 000 m deau lors dune crue de leau qui natteint pas la ville en aval. Les inondations catastrophiques des vallées françaises Xynthia 2010, crues de la Seine 2016 et 2018, Aude 2018 sont directement aggravées par la suppression des zones humides en amont chaque hectare drainé augmente le pic de crue et réduit le temps de réponse. Le coût des inondations en France est de plusieurs milliards deuros par décennie indemnisations catastrophes naturelles, réparations, pertes économiques. Le coût de la restauration des zones humides en amont est de 5 000 à 30 000 euros par hectare une fraction du coût des dommages en aval. Le rapport coût-bénéfice de la restauration des zones humides est le plus favorable de toutes les mesures anti-inondation mais les communes en amont qui portent le coût de la restauration ne sont pas les communes en aval qui bénéficient de la protection. Ce décalage géographique entre le coût et le bénéfice bloque la plupart des projets. La nurserie à amphibiens. Les grenouilles, les crapauds, les tritons et les salamandres se reproduisent dans les zones humides mares, fossés, prairies inondables temporaires. Sans eau permanente ou temporaire au printemps, pas de reproduction. La disparition de 67 % des zones humides françaises est la cause principale du déclin des amphibiens en France un groupe despèces qui a perdu entre 30 et 50 % de ses effectifs en trente ans. Chaque mare restaurée est un site de reproduction reconquis et chaque amphibien adulte produit par cette mare est un prédateur de limaces, de chenilles et de moustiques opérationnel dans les jardins alentour. Le stockage de carbone. Les tourbières et les zones humides organiques sont les écosystèmes terrestres qui stockent le plus de carbone par mètre carré davantage que les forêts tropicales. Les tourbières françaises principalement dans le Massif central, les Vosges, le Jura, la Bretagne et les Landes stockent environ 100 à 200 tonnes de carbone par hectare dans la tourbe accumulée depuis des millénaires. Drainer une tourbière expose la tourbe à loxygène elle se décompose et libère son carbone sous forme de CO2. La France a drainé des milliers dhectares de tourbières pour lagriculture et la sylviculture chaque hectare drainé est devenu un émetteur net de CO2 au lieu dun stockeur. CE QUE CHAQUE COMMUNE PEUT RESTAURER : Les mares communales. Chaque commune rurale de France possédait historiquement entre deux et dix mares abreuvoirs à bétail, mares de village, mares de ferme, mares de carrefour. La majorité ont été comblées entre 1960 et 1990 remblayées de gravats de construction, de terre de chantier ou simplement abandonnées et envahies de végétation jusquà disparition. Le cadastre napoléonien consultable en ligne sur les archives départementales montre lemplacement exact des mares historiques beaucoup sont encore détectables sous la végétation ou les remblais. Restaurer une mare communale de 50 à 200 m coûte entre 2 000 et 10 000 euros terrassement, profilage des berges, éventuellement étanchéité si le sol est perméable. La colonisation par les amphibiens commence la première saison si une population source existe dans un rayon de 500 mètres. Les fossés humides. Les fossés en bordure de chemin rural autrefois en herbe, sinueux et périodiquement en eau ont été busés remplacés par des tuyaux enterrés ou comblés pour élargir les routes et les champs. Rétablir un fossé à ciel ouvert débuser un tuyau enterré et recreuser un fossé en pente douce coûte entre 10 et 30 euros le mètre linéaire. Un fossé à ciel ouvert de 200 mètres de long est un corridor humide qui connecte les habitats, héberge les amphibiens en transit et ralentit le ruissellement pour un coût de 2 000 à 6 000 euros. Les prairies inondables. Certaines prairies drainées dans les années 1960 à 1980 peuvent retrouver leur fonctionnement hydrologique en bouchant simplement les drains enterrés un geste de quelques heures par drain qui restaure lengorgement temporaire du sol au printemps et recrée les conditions de reproduction des amphibiens et de la flore des prairies humides iris jaune, reine-des-prés, grande berce, cardamine des prés, populage des marais. Les aides agro-environnementales de la PAC mesures MAEC zones humides indemnisent les agriculteurs qui acceptent de remettre en eau des prairies anciennement drainées entre 200 et 450 euros par hectare et par an. LA LOI PROTÈGE EN THÉORIE : Les zones humides sont protégées par le Code de lenvironnement articles L211-1 et R211-108. Toute destruction ou dégradation dune zone humide doit être évitée, réduite ou compensée. En pratique, la compensation est souvent théorique le promoteur qui détruit un hectare de zone humide doit compenser par la restauration ou la création dune zone humide de surface équivalente. Mais les zones humides artificielles ne fonctionnent jamais aussi bien que les zones humides naturelles la filtration, le stockage de carbone et la biodiversité dune zone humide artificielle de cinq ans sont une fraction de ceux dune zone humide naturelle de cinq cents ans. La compensation est un concept comptable pas un remplacement écologique. Le citoyen peut agir à deux niveaux. Signaler les zones humides non inventoriées lors des enquêtes publiques de PLU une zone humide non cartographiée dans le PLU nest pas protégée. Demander la réalisation dun inventaire des zones humides de la commune si aucun nexiste. Et soutenir les projets de restauration les associations naturalistes locales, les conservatoires despaces naturels et les syndicats de rivière mènent des programmes de restauration de zones humides dans chaque bassin versant. La zone humide drainée en 1975 pour gagner un hectare de maïs coûte depuis cinquante ans en inondations en aval, en nitrates dans leau potable, en amphibiens disparus et en carbone libéré. La restaurer coûte 10 000 euros et fonctionne en une saison. Le maïs de cet hectare valait 1 500 euros par an. Le calcul na jamais été favorable au drainage mais il a fallu cinquante ans pour le comprendre. #ZonesHumides #RestaurationMares #ÉpongeAntiCrue #FiltrationNaturelle #StopDrainage

Avant de drainer une zone humide pour construire, restaurez dabord les zones humides que les décennies précédentes ont détruites.

La France a perdu 67 % de ses zones humides au cours du XXe siècle. Deux tiers. Des marais, des tourbières, des prairies inondables, des mares, des bras morts de rivière et des fossés humides comblés, drainés, remblayés et bétonnés pour gagner des terres agricoles, des zones constructibles et des routes. Chaque mètre carré de zone humide détruit est un mètre carré de filtre à eau, déponge anti-crue, de nurserie à amphibiens et de réservoir de carbone qui ne fonctionne plus.

Pendant ce temps, des milliers de zones humides dégradées mais récupérables attendent dans chaque département des fossés anciens comblés par négligence, des mares de ferme abandonnées et envahies de ronces, des prairies humides drainées dont les drains se sont bouchés et qui pourraient redevenir fonctionnelles en un week-end de travaux. Personne ne les restaure parce que la zone humide est perçue comme un terrain perdu un obstacle au drainage, une source de moustiques, un marécage inutile. Cest le contraire exact de la réalité.

CE QUE LA ZONE HUMIDE PRODUIT ET QUE LE DRAINAGE SUPPRIME :

La filtration de leau. Une zone humide de prairie inondable filtre naturellement les nitrates, les phosphates et les pesticides de leau qui la traverse les bactéries du sol saturé deau transforment les nitrates en azote gazeux inoffensif dénitrification, les plantes aquatiques absorbent les phosphates et les matières en suspension se déposent dans la vase. Un hectare de zone humide filtre entre 100 et 300 kg de nitrates par an léquivalent dune station dépuration miniature fonctionnant gratuitement, sans électricité, sans entretien et sans fin. Chaque zone humide drainée en amont dune rivière augmente la concentration en nitrates dans leau potable en aval le coût de traitement supplémentaire est porté par les usagers de leau, pas par celui qui a drainé.

Léponge anti-crue. La zone humide absorbe leau de pluie comme une éponge elle stocke les excédents pendant les épisodes pluvieux et les relâche lentement vers la rivière pendant les semaines suivantes. Un hectare de prairie inondable stocke entre 5 000 et 15 000 m deau lors dune crue de leau qui natteint pas la ville en aval. Les inondations catastrophiques des vallées françaises Xynthia 2010, crues de la Seine 2016 et 2018, Aude 2018 sont directement aggravées par la suppression des zones humides en amont chaque hectare drainé augmente le pic de crue et réduit le temps de réponse.

Le coût des inondations en France est de plusieurs milliards deuros par décennie indemnisations catastrophes naturelles, réparations, pertes économiques. Le coût de la restauration des zones humides en amont est de 5 000 à 30 000 euros par hectare une fraction du coût des dommages en aval. Le rapport coût-bénéfice de la restauration des zones humides est le plus favorable de toutes les mesures anti-inondation mais les communes en amont qui portent le coût de la restauration ne sont pas les communes en aval qui bénéficient de la protection. Ce décalage géographique entre le coût et le bénéfice bloque la plupart des projets.

La nurserie à amphibiens. Les grenouilles, les crapauds, les tritons et les salamandres se reproduisent dans les zones humides mares, fossés, prairies inondables temporaires. Sans eau permanente ou temporaire au printemps, pas de reproduction. La disparition de 67 % des zones humides françaises est la cause principale du déclin des amphibiens en France un groupe despèces qui a perdu entre 30 et 50 % de ses effectifs en trente ans. Chaque mare restaurée est un site de reproduction reconquis et chaque amphibien adulte produit par cette mare est un prédateur de limaces, de chenilles et de moustiques opérationnel dans les jardins alentour.

Le stockage de carbone. Les tourbières et les zones humides organiques sont les écosystèmes terrestres qui stockent le plus de carbone par mètre carré davantage que les forêts tropicales. Les tourbières françaises principalement dans le Massif central, les Vosges, le Jura, la Bretagne et les Landes stockent environ 100 à 200 tonnes de carbone par hectare dans la tourbe accumulée depuis des millénaires. Drainer une tourbière expose la tourbe à loxygène elle se décompose et libère son carbone sous forme de CO2. La France a drainé des milliers dhectares de tourbières pour lagriculture et la sylviculture chaque hectare drainé est devenu un émetteur net de CO2 au lieu dun stockeur.

CE QUE CHAQUE COMMUNE PEUT RESTAURER :

Les mares communales. Chaque commune rurale de France possédait historiquement entre deux et dix mares abreuvoirs à bétail, mares de village, mares de ferme, mares de carrefour. La majorité ont été comblées entre 1960 et 1990 remblayées de gravats de construction, de terre de chantier ou simplement abandonnées et envahies de végétation jusquà disparition. Le cadastre napoléonien consultable en ligne sur les archives départementales montre lemplacement exact des mares historiques beaucoup sont encore détectables sous la végétation ou les remblais. Restaurer une mare communale de 50 à 200 m coûte entre 2 000 et 10 000 euros terrassement, profilage des berges, éventuellement étanchéité si le sol est perméable. La colonisation par les amphibiens commence la première saison si une population source existe dans un rayon de 500 mètres.

Les fossés humides. Les fossés en bordure de chemin rural autrefois en herbe, sinueux et périodiquement en eau ont été busés remplacés par des tuyaux enterrés ou comblés pour élargir les routes et les champs. Rétablir un fossé à ciel ouvert débuser un tuyau enterré et recreuser un fossé en pente douce coûte entre 10 et 30 euros le mètre linéaire. Un fossé à ciel ouvert de 200 mètres de long est un corridor humide qui connecte les habitats, héberge les amphibiens en transit et ralentit le ruissellement pour un coût de 2 000 à 6 000 euros.

Les prairies inondables. Certaines prairies drainées dans les années 1960 à 1980 peuvent retrouver leur fonctionnement hydrologique en bouchant simplement les drains enterrés un geste de quelques heures par drain qui restaure lengorgement temporaire du sol au printemps et recrée les conditions de reproduction des amphibiens et de la flore des prairies humides iris jaune, reine-des-prés, grande berce, cardamine des prés, populage des marais. Les aides agro-environnementales de la PAC mesures MAEC zones humides indemnisent les agriculteurs qui acceptent de remettre en eau des prairies anciennement drainées entre 200 et 450 euros par hectare et par an.

LA LOI PROTÈGE EN THÉORIE :

Les zones humides sont protégées par le Code de lenvironnement articles L211-1 et R211-108. Toute destruction ou dégradation dune zone humide doit être évitée, réduite ou compensée. En pratique, la compensation est souvent théorique le promoteur qui détruit un hectare de zone humide doit compenser par la restauration ou la création dune zone humide de surface équivalente. Mais les zones humides artificielles ne fonctionnent jamais aussi bien que les zones humides naturelles la filtration, le stockage de carbone et la biodiversité dune zone humide artificielle de cinq ans sont une fraction de ceux dune zone humide naturelle de cinq cents ans. La compensation est un concept comptable pas un remplacement écologique.

Le citoyen peut agir à deux niveaux. Signaler les zones humides non inventoriées lors des enquêtes publiques de PLU une zone humide non cartographiée dans le PLU nest pas protégée. Demander la réalisation dun inventaire des zones humides de la commune si aucun nexiste. Et soutenir les projets de restauration les associations naturalistes locales, les conservatoires despaces naturels et les syndicats de rivière mènent des programmes de restauration de zones humides dans chaque bassin versant.

La zone humide drainée en 1975 pour gagner un hectare de maïs coûte depuis cinquante ans en inondations en aval, en nitrates dans leau potable, en amphibiens disparus et en carbone libéré. La restaurer coûte 10 000 euros et fonctionne en une saison. Le maïs de cet hectare valait 1 500 euros par an. Le calcul na jamais été favorable au drainage mais il a fallu cinquante ans pour le comprendre.

#ZonesHumides #RestaurationMares #ÉpongeAntiCrue #FiltrationNaturelle #StopDrainage

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